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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 14:04

Ils ont vraiment rien compris !!!!!

Mais je trouve ça tellement drôle , les enfants, que je ne veux pas vous priver d'une franche rigolade. 

et je me fous des copyrights.

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 16:07

J'en connais un, il interrogeait Sainte Thérèse ( de Lisieu, la petite ), son pote, c'était plutôt les astres. Et d'autres , c'était « et combien ça va me rapporter ? » qui leur servait d'inspiration et de méthode.

 

Et bien là, c'est Saint Pierre qui a éclairé ma lanterne.

 

Et vous me connaissez bien les enfants, quelques fois, je ne peux pas m'en empêcher...

 

Et puis essayez de me dire que ça vaut pas....

 

-Bonjour, Grand Saint-Pierre.

Je suis Pierre Quéméneur, négociant, Conseiller général de Sizun.

 

-Oui, et alors ?

Moi, vous savez, les types qui viennent me la faire, parce qu'ils s’appellent Pierre, comme moi...

J'ai la tête à me faire avoir ?

Dites ?

Non, hen ?

Bon, alors, c'est quoi, votre affaire ?

 

- Je ne sais pas. Tout à l'heure, j’étais un bien vivant, et là, je suis un bien mort.

J'ai pas compris ce qui m'est arrivé. J'ai glissé, le pieds m'a manqué. Et puis , ce coups sur la tête. Et le grand noir.

C'est quoi ça ? C'est du définitif ?

 

- Peut-être, ou peut-être pas.

D'abord, vous y croyez, vous au Paradis, au Bon Dieu, à la Sainte Vierge et à tout le Saint-frusquin ?

 

-Ben, c'est-à-dire que je suis breton...

 

-Bon, alors vous êtes dans le bon tunnel . Le Paradis, c'est par là, derrière la porte.

Mais avant que je vous ouvre, il va falloir me la raconter, et pas de boniment, j'ai pas que ça à faire

 

-Vous raconter quoi ?

 

-Mais votre affaire, pardi. On ne crève pas comme ça, à votre âge, sans qu'on vous y ait poussé. Un petit coup, dans le dos ? En loucedé, peut-être même ?

Allez, un effort.

C'est qui la dernière personne que vous avez vu et qui est encore dans votre tête ?

 

-Marie Jeanne

 

-Et bien, vous voyez ! Allez, racontez. Marie Jeanne, cétait qui ? Votre copine ?

 

-Maie Jeanne ? Oh non, pas ma copine . Mieux que ça, une amie. Mais si je ne vais pas au début, vous allez rien comprendre.

 

-Vous gênez pas, j'ai toute l'éternité.

 

-Depuis quelques temps, j'avais des difficultés, un de mes clients, qui me devait pas mal d'argent, avait fait faillite, enfin une de ces faillite de circonstance. Et comme je voulais récupérer mon dû , j'avais lancé une plainte contre lui . Bon, mais en attendant , je n'avais plus grand chose, côté trésorerie, . Pas d'autres affaires intéressantes qui aurait pu me soutenir pendant cette mauvaise passe. En plus, les anglais, ils commençaient à se fournir ailleurs . Et encore en plus, je n'avais pas grand chose en réserve de bois. A Traou Nez, ça s'épuisait. J'avais pensé revendre cette fichue exploitation. Mais trouver un bon acheteur, c'était pas coton.

Dans les journaux, j'avais repéré une banque, la BPC, qui cherchait des agents et même pour des gros postes, des responsables . Ça semblait florissant comme établissement, des succursales un peu partout en province et un siège , à Paris.

Je les ai contactés et j'ai parlé de la direction, au Havre. En avril, nous étions en discussion pour pourvoir le poste de Directeur du Havre et même de Cherbourg et sans doute administrateur au C.A. de Paris. Il fallait amorcer la candidature avec un apport de 100 000 francs.

Je ne les avais pas, bien sûr. Rien ou presque rien, à ce moment là. Et comme il était primordial de faire dans la discrétion, je ne pouvais solliciter mon entourage.

En réfléchissant, pour aboutir à réunir la somme rapidement, j'ai pensé que je devais demander à Pouliquen de me rembourser partiellement ce que je lui avais avancé pour qu'il acquiert son étude. Je ferai semblant de solliciter ma banque, qui, je le savais, refuserait de me consentir un prêt. Et puis , il y avait les dollars de Seznec. J'avais entendu parler de 2000-3000. Mais comment intéresser le Guillaume à cette affaire. Ne rien lui dire du pourquoi ? Impossible.

Là, en voyant une annonce dans un journal, j'ai eu l'idée du marché de voitures d'occasion. Guillaume Seznec était fou de ces marchés. Il n'arrêtais pas, depuis la fin de la guerre, d'acheter, revendre des automobiles, surtout des vieilles américaines des stocks. Si je lui proposais une affaire de côté-là, j'étais sûr qu'il allait s'emballer. J'ai commencé à lui en parler, à mots couverts, des soi-disant lettres de la Chambre de commerce des États-Unis que je me faisais adresser chez lui...  Et pourtant, il était méfiant, mais là, les voitures...Ça a pris et même que je me suis servi de cette histoire pour ma banque et aussi devant deux ou trois personnes. J'ai raconté la même chose pour que ça ait de la consistance. Avec quelques lettres chez des garagistes et d'autres leurres.

A la mi-mai, la BPC m'a donné rendez-vous à Paris, pour le 26. Je devais apporter les 100 000 francs.

Aussitôt, j'ai activé mon plan. Je raconte à Seznec qu'on doit aller vendre la première Cadillac, la sienne, le 26 mai à Paris. Et, qu'en garantie pour les dollars, je lui donnerai une promesse de vente de Traou Nez. Il avait, en effet, l'espérance de pouvoir l'acheter un jour. Je l’emmène même à Lesneven, pour qu'il me voit signer une option sur une autre Cadillac.

 

Dans ma tête, je me disais qu'il y aurait bien une solution pour après, du genre « ah, oui, les Cadillac ? Et bien, ça n'avance pas » et finalement « Ben non, ça ne s'est pas fait » « Tes dollars ? T'inquiète pas, y a la garantie de Traou Nez. Je te ferai avoir un prêt, pour le complément »

 

Il devait me rejoindre à Rennes le 24. Au matin, je devais y retrouver Besseyre des Horts pour qu'il me donne les dernières instructions pour Le Havre. Mais, comme nous avions manqué notre rendez-vous, j'ai téléphoné à Paris pour leur confirmer ma venue puisque j'arrivai avec les 100 000 francs. Mais je n'avais pas encore le détail pour les dollars. Ils m'ont dit que je pouvais les rappeler jusque tard dans la soirée.

 

Quand Seznec arrive, on compte les dollars. Il y en avait pour 2020. En pièce d'or de 10 et de 20. Aussitôt, j'ai rappelé Paris. Après quelques paroles de courtoisie, le secrétaire, Descrimon, m'a conseillé de faire faire le chèque de 60 000 francs sur la Société Générale. Ce serait plus simple pour le toucher en liquide, à la succursale B, juste en face de la poste du Bd Malseherbes.

Et comme Pouliquen ne semblait pas chez lui, je lui ai envoyé un télégramme .

 

Ce que fut le voyage , le lendemain, je ne vous le dis pas.

Panne sur panne, crevaison sur crevaison, et Seznec qui devient de plus en plus sombre. Alors que moi, je vois enfin la fin de l'impasse...

Le soir, je me rend compte qu'avec cette fichue guimbarde qui n'avance pas, je risque de ne pas être à Paris le lendemain à huit heures. Et Seznec me pèse de plus en plus. Je m'arrête devant une gare, je ne sais plus la quelle. Et après avoir conseillé à Seznec de repartir sur Morlaix, je saute dans le dernier train.

A Paris, tout se passe bien, sauf que je n'ai pas reçu le chèque de Pouliquen...

Vacquié me dit que cela peut attendre lundi ou mardi . Il m'assure qu'il me gardera la place.et me donne un reçu pour ce que j'ai déjà versé.

A la poste, l'après-midi, il n'y a toujours rien. J'aurai bien téléphoné à cet imbécile de Pouliquen, mais comme il y a moins d'urgence, et que je reviendrai lundi . Parce qu'il faut que j'aille au mariage de ma nièce , Perrine Justin. Et c'est dimanche, à midi, le mariage, pas la noce. Bon. Je vais prendre un train de nuit.

En attendant, je traîne. Je tombe sur une ou deux personnes que je connais, ce vieux croûton de libraire et ce poisseux de Le Her, que j'avais rencontré quelquefois, sur des marchés.

 

Je suis arrivé assez tôt à Morlaix.

Oui, Morlaix.

Parce qu'il fallait que je m'y arrête à Morlaix.

Vous comprenez.

Marie Jeanne

 

-Quoi, Marie Jeanne ? Encore Marie Jeanne !! C'est qui cette Marie Jeanne. Bon dieu, ça vous ferait rien de m'expliquer. !!!

Bon dieu de bon dieu. On va pas y passer la nuit !!!

 

Vous commencez à me les gonfler, avec votre crapulerie à la mord moi le nœud .

C'est que j'ai bien d'autres pèlerins à faire rentrer ici. Et à chaque fois, écouter leurs niaiseries !!!

 

-Marie Jeanne, c'est la celle que j'aime, le seule que j'ai jamais aimée !!!

 

-Ah bon ! A ton âge !?!? Te v'l'a donc comme un jeunot ??? Et pourquoi pas puceau, tant qu'on y est !!! Mais ça va pas , non !!!

 

-Si. Si . Je vous jure, cette fois là, je me suis décidé, je vais tout lui dire

Que je l'aime

Que je vais avoir une très belle situation, dans la banque

Que je leur ai presque vendu Traou Nez

Que je...

 

- Non !!! Ça suffit !!!

Et retourne à la fin de la queue , Queumeuneu de mes deux !!!

Ça te donnera le temps de réfléchir !

Quand je t’appellerai à nouveau, j'espère que tu te souviendras qu'il te faut un peu plus que 100 000 balles pour que je t'ouvre la porte

Et surtout, fini le baratin !!!

 

AU SUIVANT !!!!

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24 avril 2018 2 24 /04 /avril /2018 11:15

 

Bon.

Moi, je continue à vous envoyer ce que j'avais écrit, quand j'étais sous les cocotiers en mars dernier.

 

Là, je vous donne un billet que Kerné, il aurait pondu juste avant de calancher.

 

Mais vous savez ce que j'en pense. Kerné c'est ce qu'il y a de plus facile pour faire le mec qui a aidé Seznec. Les autres ? J'ai du mal.

 

 

 

Le dimanche 27 mai, quand Seznec est venu me voir, très tard dans la soirée, il avait une gueule encore moins possible que celle qu'il avait d'ordinaire. Un tête d'égaré . En plus, la fatigue tirait ses traits mais la peur et la peine jaillissaient de ses yeux et donnaient à son regard cet aspect qu'ont les gens pas bien finauds.

 

Par contre, ses paroles, c'était autre chose. Une voix froide, sourde.
Il m'a raconté en quelques mots son voyage à Paris. Et surtout ce qu'il avait trouvé à son arrivée chez lui, ici, à Morlaix. En fin d'après midi. Quéméneur, mort, au milieu du salon. Marie Jeanne, comme absente, effondré sur une chaise. Muette. Comme hébétée.

Et puis ce qu'il a fait aussitôt : le corps qui brûle, la chaudière qu'il faut sans arrêt bourrer de bûches, l'odeur de cochon grillé, insupportable, et tout ça...

Et puis rapidement, il en est venu à ce papier que lui avait signé Quéméneur, comme une promesse de vente de Traou Nez et ce frique que Seznec lui avait donné. Comme toujours, dans sa tête, ça pensait combine. Un truc bien à lui, ça. La combine, encore et encore...La combine, tout le temps. Acheter et payer que la moitié, ou mieux le quart, et mieux encore, rien du tout...

Et bien même là, avec un mort sur les bras, il était déjà là , à monter un coup pour que le truc tourne de son côté.

Bon , d'accord, nous deux, on s'entendait bien pour ça. On s'entendait bien pour monter des bazars ensemble. Mais chez moi, c'était plutôt par jeu, pas du systématique, alors que lui...

J'avais de l'instruction. Pensez, mes deux parents instituteurs. Et comme j'avais la bosse du calcul...

Mais là , quand même, je me disais qu'il y avait comme de l'indécence, du pas très respectueux. Mais qu'en fin de compte, c'était un peu un pied de nez au type qu'avait voulu se payer sa Marie Jeanne et qu'avait choppé la mort en voulant conter fleurette.

Une grosse affaire, Traou Nez. Quéméneur m'en avait confié une partie de la gérance. Moi, je négociais le bois coupé et son frère Louis, sur place, il organisait les coupes. J'ai pas fait ça tout le temps. Je travaillais aussi pour De Jaegher, en négociant des poteaux de mine, mais De Jaegher, un gros bonnet, c'était pas un malin. Il se croyait un sacré marchand sur la place de Morlaix. Mais en réalité, il était un fichu maladroit. Il se foutait tout le monde à dos. Et ça, depuis longtemps.. Depuis qu'il avait perdu l'un de ses fils, noyé dans une promenade en mer, et sa fille, pile un an après. Qu'on disait qu'elle avait pas supporté la mort de son frère... Ça tournait plus tellement rond et les affaires, ça allait de mal en pis. Même qu'avec sa faillite, il avait porté un sacré coup au Quéméneur qui en était pour un gros, très gros paquet de pognon. Je crois surtout que la faillite, le dépôt de bilan, c'était comme un truc de famille, comme qui dirait dans les gènes. Déjà, en 1910. Mais passons. Pour l'heure, c'était pas le grand amour entre ces deux là. Le Quéméneur, il était à la recherche d'autre chose. . Ça se sentait. Il avait exploité à fond la ressource des bois de Traou Nez et , s'il voulait repartir, c'était dans une autre direction. Continuer à fournir du poteau aux english, c'était plus possible, pour lui. Il lui fallait du nouveau.

 

Et quand il a proposé à Seznec cette histoire de Cadillac, moi, j'ai bien senti que c'était encore du foireux . Parce que lui, Quéméneur, il n'avait jamais donné dans les combines de bagnoles. Et , si qu'il en avait parlé à Seznec, c'était bien pour attirer le Guillaume qui ne se sentait plus pisser dès qu'il y avait trafic de voiture sous roche. Et ce qu'il voulait vraisemblablement le Quéméneur, c'était mettre la main sur la réserve d'or de Marie Jeanne, et tout de suite.

 

Comme ça, du jour au lendemain, partir à Paris, avec 100 000 francs en poche, ça voulait dire quoi, au juste ?

 

Moi, j'ai pas moufté. Ça me regardait pas. Et Guillaume Seznec, c'était un grand garçon, après tout.

 

Mais quand il est arrivé, le 27 mai, il était dans la détermination un peu folle du type qui joue sa vie, à pile ou face.

Et là, il avait besoin de moi.

Parce qu'il fallait avoir de l'imagination.

Et plus que cela. Alors, il m'a demandé comment faire.

 

Moi, j'ai tout de suite vu. La promesse de vente qu'il avait signée , le Quéméneur, ne concernait que la maison et comme un gros jardin autour. Les bois ? Presque rien du tout et du pas grand-chose. En tout cas, c'était tellement plein de conditions suspensives...

 

Alors, j'ai proposé qu'on les réécrive, ces fichus papiers et qu'on change, bien-sûr, le montant de l'acompte versé. Et comme Seznec, il imitait pas si mal que ça les écritures, ça tombait bien.

Bon. Il fallait avant tout faire croire à tout le monde que le Quéméneur, il était toujours vivant et qu'il était pas encore revenu de Paris. Encore en voyage, quoi. Et, puisqu'il avait vaguement évoqué Le Havre devant Seznec, et bien, va pour le Havre.

 

Donc, il fallait qu'on le croit au Havre. Et ça, c'était bien le plus important.

 

Je vous dirai après comment qu'on a combiné toute l'histoire.

 

Quéméneur, il avait traîné avec lui sa petite valise. On l'a fouillée. Pas grand chose dedans. Quelques papiers, mais rien de bien intéressant, en dehors du double de la promesse de vente, un carnet de dépense. Mais rien concernant ses rendez-vous à Paris, ou la vente des cadillac. Par contre un reçu, d'un certain Gautier, fondé de pouvoir, avocat à Paris, un reçu de10 000 F et 2020 dollars. C'était qui ce type qui avait empoché les dollars ?

 

Dans les jours qui suivent, la sœur à Quéméneur, elle trouve bizarre que son frère ne soit pas venu à la noce d'une nièce et qu'il n'ait pas donné de nouvelles. Seznec comprend qu'elle ne sait pas grand chose des affaires en cours. Et qu' on peut, peut-être, lui bourrer le mou avec un baratin sur Le Havre.

Et puis, il se rend , vite fait, à Paris pour comprendre dans quelle affaire sont partis ses dollars. Il n'y comprend rien. Le Gautier, un vieux beau, en jaquette, complètement dans la lune. Il va voir aussi deux , trois potes qu'il connaissait vaguement pour se renseigner sur un possible marché de voitures américaines. Mais rien, que dal. Ça reste mystère et boule de gomme.

 

A son retour, on s'est fixé un plan : aller au Havre, y faire croire que Quéméneur y est présent en envoyant un télégramme rassurant et même, promener un loustic, (moi, en l’occurrence) habillé avec un costume de Quéméneur dans un restaurant et puis, laisser la valise planquée dans un coin pour l'instant. On verra à la faire ré-apparaître plus tard.

 

Seznec y a ajouté l'achat d'une machine à écrire. C'était pas très prudent. Il aurait mieux valu faire ça ailleurs. Mais tant pis.

Entre temps, le beauf ' de Quéméneur, le notaire Pouliquen, entre en piste et fait son grand inquiet. Même qu'il va voir la police, suivi par cet âne d'Yves Quéméneur, un pas grand chose, qui ne pensait qu'à picoler et trousser les filles de ferme.

Bon, le télégramme rassure la sœur mais, finalement rend Pouliquen encore plus inquiet.

Le Pouliquen, moi, je l'avais jamais bien senti. Un tatillon. Un rat caché derrière ses binocles qui s'étouffe de sa récente importance faite à grands frais par Quéméneur. Il se croyait toujours plus malin que les autres.

Pensez bien, tous ces scribouillards, ces clercs qui se connaissaient tous. Ils passaient leur temps à baver sur les petits secrets des uns et des autres. Jamais en reste d'un commérage .

Et sur Seznec, il en savait un paquet, le Pouliquen. Ça s'est bien vu dès le début de l'enquête.

Et sur moi, pareil, il en savait des trucs. Il a raconté que j'avais une maîtresse, au Havre.

Qu'est-ce qu'il en savait ?

Et puis quoi, c'est des trucs qu'on raconte aux journalistes, ça ?

Je te jure !

 

En tout cas, quand c'est moi qui ai laissé la valise dans la gare du Havre, je me suis fait le plus couleur de muraille possible. Après y avoir glissé une nouvelle promesse de vente et le carnet ou Seznec avait rectifié les derniers jours, j'ai laissé le tout dans la salle d'attente.

 

Et puis ça a mal tourné.

 

On avait pas prévu que Pouliquen, il serait assez vicieux pour que la police pense aussitôt que Quéméneur il avait été tué par Seznec , juste avant d'arriver à Paris.

Et qu'elle pense que Seznec l'avait tué pour obtenir plus facilement Traou Nez.

Non mais quelle idée !!!

Ou une dispute entre deux types fatigués !!!

 

Moi, en tout cas, j'ai été vite soupçonné. De quoi ? Je ne saurai jamais.

Mais j'avais prévu. J'ai sorti un certificat médical. J'ai montré que j'avais été malade, chez ma mère, à Chelles.

Les flics, ils ont pas trop réfléchi, encore une fois.

Certificat médical !!! Un peu n'importe quoi, quand même.

 

De Jaegher, il a gâché le tout. En voulant défendre Seznec, il a raconté n'importe quoi sur moi au Juge Campion. De Jaegher, il a vachement plus nui , presque pire que Pouliquen.

 

Et puis, c'est vrai, j'étais déjà malade, grave. Finalement ça m'a servi, on m'a foutu la paix.

 

Mais Seznec, lui, il avait pas assez bien préparé le coup . Toujours à faire des initiatives. Comme celle de la machine à écrire. Il aurait voulu se faire repérer illico au Havre, qu'il aurait pas pu trouver mieux. Et se faire reconnaître, à Plouaret, avec un gros paquet sur l'épaule. Et la laisser plus ou moins planquée dans son grenier.

 

Et se trimbaler avec les brouillons qui lui avaient servi à truquer le carnet du Quéméneur.

 

Et après, toutes ces lettres pour se fabriquer des témoins.

 

Je te jure. Qu'est-ce qui m'a pris d'accepter de faire tout ça pour lui...

 

Franchement, je ne sais pas.

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 17:00

Souvenez vous les enfants, la version de Marie Jeanne , je vous l'ai déjà faite. Mais là , c'est à la Supérieure du couvent qui va accueillir sa fille qu'elle raconte. Ça me permet des variantes stylistiques .

Et puis, elle dit ce qu'elle veut bien dire...

Le Matin du 7 juillet 1923

 

 

Ma très Révérende Mère

 

Vous m'avez demandé de vous dire la vérité.

 

Vous n'accepterez de prendre notre fille en charge pour son éducation que si vous avez une connaissance complète des faits qui sont actuellement reprochés à mon mari. Peu importe, m'avez vous dit, la gravité des choses mais c'est leur connaissance qui compte pour vous.

C'est donc, en quelque sorte , une confession que je vais vous faire.

Je ne vous cacherai rien.

 

Comme vous le savez , sans doute, Guillaume , mon mari, a toujours été un très bon chrétien et il a une grande crainte de la justice de Dieu. Mais il n'a jamais su s'empêcher de mener ses affaires d'où le scrupule était souvent exclu. Et il n'a pas été très charitable avec ceux qu'il rencontrait dans son commerce. Comme il avait un besoin d'argent permanent, il n'hésitait jamais à se lancer dans des combines peu recommandables. Oh non, je ne dirai jamais qu'il était malhonnête. Mais bien des fois , j'ai du l'arrêter avant qu'il ne tombe dans des coups que certain appelleraient des délits. . Aussi, c'était souvent moi , en plus de faire tourner au maximum notre blanchisserie, qui dus intervenir auprès des clients ou des fournisseurs pour calmer les choses.

Mais sachez que Guillaume me disait toujours que cet argent, c'était pour faire mon bonheur et celui des enfants.

.

Pour que la scierie tourne comme il le fallait, nous devions acheter sans cesse du matériel, et toujours du matériel moderne sinon nous n'aurions jamais pu garder la place qui était la nôtre à Morlaix. La concurrence ne nous aurait pas épargné longtemps. Et pour acheter du matériel, il fallait des fonds. Aussi Guillaume ne manquait jamais de faire fructifier tout marché qui passait à sa portée. Par exemple, il avait la main adroite pour acheter des automobiles ou des camions et les revendre un peu plus cher après les avoir bien réparés et bien nettoyés.

 

Mais il y avait toujours des jaloux qui prétendaient qu''il les avait roulés ou qu'il leur devait encore de l'argent. Il fallait bien se défendre.

 

Tout cela, Ma révérende Mère, c'était les affaires. Guillaume ne les oubliait jamais et il était toute la semaine sur les chemins et les routes, ou encore à l’atelier, à s'occuper de réparer, de régler une machine, à donner des conseils à nos ouvriers.

Le dimanche, il y avait les fêtes, les pardons, les pèlerinages.

Et puis, il y avait les enfants à élever, à bien veiller sur leur religion.
Ma belle-mère, Madame Seznec, était venu à Morlaix, au début, pour aider Guillaume, tandis que moi, j'étais restée à Brest pour m'occuper de la blanchisserie.

Ma belle-mère est une femme bonne croyante mais, je vous le dit quand-même, elle est pleine de superstition. Elle écoute trop souvent ces femmes qui lisent l'avenir dans les cartes et aussi dans le marc de café. Et sa religion est encore bien marquée des vieilles pratiques qui n'ont plus tellement l'encouragement de nos prêtres.

Elle ne se montrait pas tellement gentille avec moi, me reprochant à longueur de temps d'être trop moderne, trop dépensière ou pas assez courageuse pour m'occuper moi-même de la cuisine et du linge.

Ce n'était pas si facile. Elle aurait voulu continuer à être la mère poule pour Guillaume. Et moi qui avait tant de tendresse pour Guillaume. On était finalement comme des rivales. J'avais dit à mon mari que je ne voulais pas qu'elle reste à Traou ar Vilin quand je m'y installerai dès qu'on aurait vendu la blanchisserie de Brest. On s'était disputé, pourtant ma belle-mère avait dû quitter la maison, pour aller chez une de ses filles, en ville.

 

On vivait bien, finalement quand a commencé toute notre misère à cette fin de printemps 1923.

 

Cela faisait un certain temps que Pierre Quéméneur, s'il ne faisait pas d'affaires avec mon mari, fréquentait un peu plus notre famille. Ça pouvait être de l'amitié. Enfin, je l'avais cru comme ça. Il venait bavarder et rien d'autre. Et comme il voyageait tout le temps dans le pays, on lui laissait parfois à son usage un lit en haut et il faisait un peu partie de la famille. Mais pas vraiment. Mon mari et lui, ils discutaient pendant des heures sur les affaires, sur la politique, sur les uns, sur les autres, sur les maires des environs, sur les paroisses, sur les prêtres. Je ne sais pas à quoi ça leur servait mais c'était comme ça.

 

Ils connaissaient des quantités de gens, des gens qui avaient toujours quelque chose à vendre ou quelque chose à acheter. Ils leurs donnaient des tas de conseils. Parfois, ils leurs prêtaient de l'argent ou leur en empruntaient. Ils faisaient les métiers les plus divers, de férailleur à dentiste, de mécanicien à boulanger.

 

En 1923, ça a commencé par une visite à Traou Nez, une grande propriété que Quéméneur exploitait pour ses poteaux et ses fagots. Il pensait que je pourrai y mener une vie plus calme, plus agréable qu'à Morlaix et que Guillaume y trouverait son compte. Il nous y emmena dans sa belle automobile verte, un après-midi de mars, je crois . Et après, Guillaume se renseigna sur le prix qu'il trouva bien trop élevé.

Pourtant, cette idée lui rentra rapidement dans la tête et y fit peu à peu son chemin. Je ne sais pourquoi. Mais elle ne le quitta bientôt plus. Et moi qui pensais que Paimpol, c'était bien trop loin. Ce n'était plus chez nous. Déjà, Morlaix... Et pourtant, dans le même temps, je m'y voyais bien , dans cette maison. On aurait pu dire qu'elle était comme un petit château...

 

C'est à cette époque que Quéméneur et mon mari, ils ont commencé à causer d'une affaire qu'ils auraient pu faire ensemble. Une affaire qui concernait des automobiles.

A la fin, Quéméneur a dit qu'ils devaient aller tous les deux à Paris, pour , justement, la commencer, cette affaire. Avec une vieille voiture américaine de mon mari.

Et le 24 mai , les voilà partis. Elle ne devait pas très bien marcher, cette voiture parce que mon mari est parti puis revenu, puis reparti, alors que Quéméneur s'impatientait de l'attendre à Rennes.

 

Le Dimanche suivant, le temps était frais mais ensoleillé dès le matin. J'étais levé et bavardais avec Angèle, notre bonne, en prenant un grand bol de café à la cuisine. Quand Pierre Quéméneur, comme ça lui arrivait parfois, est entré en riant dans la cuisine. On a été surprise, on le croyait à Paris. Avec Guillaume. Ils étaient donc déjà revenus ?

Pierre nous a raconté un voyage plein d'ennuis et Guillaume , toujours sur la route. Lui, il est revenu par le train, après avoir fait ses affaires, dans la capitale.

Comme j'étais en chemise de nuit, je me suis excusée pour aller passer des vêtements. Mais Pierre m'a dit qu'il avait des choses importantes à m'expliquer, que ce ne serait pas très long et qu'il devait continuer sur Landerneau.
Je lui ai proposé de passer dans la salle, et, sans que j'ai eu le temps de l'éviter, il a mis une main sur mon épaule et l'autre sur ma hanche où j' ai senti ses doigts...comme, une caresse.

Croyez-moi, Ma très Révérende Mère, j'ai été tellement surprise. Je l'ai vivement repoussée en hurlant. Je l'ai vu basculer et tomber. Je hurlais toujours, et lui ne se relevait pas. Il ne bougeait pas, recroquevillé au sol. Un peu de sang, au front. Et là, je ne sais plus ce que j'ai fait, en dehors d' hurler , encore et encore.

Je n'ai pas su combien de temps ça a duré, mais ma conscience ne m'est revenu que beaucoup plus tard, quand Guillaume était déjà revenu et qu'il pleurait. Des sanglots énormes.

Je crois qu' Angèle s'est occupé d'un peu de tout. Après, ils m'ont raconté qu'ils m'avaient mise au lit et que je m'étais endormie.

J'ai su plus tard que Pierre était mort et que Guillaume avait mis son corps dans la chaudière et que la chaudière avait brûlé toute la nuit. Que Samson et Angèle s'étaient renseignés : personne n'avait vu Pierre entrer dans la maison

Qu'avec Kerné, mon mari avait combiné un truc pour sauver mes dollars. Parce qu'il avait emporté mes dollars à Paris...et qu'il avait espéré , en les donnant à Quéméneur, acheter Traou Nez.

Et qu'il allait falloir raconter une histoire.

Sinon, c'était la ruine.

Et la prison.

 

Bien sûr, que c'était accidentel. Mais Quéméneur, pourquoi, il était venu à la maison ?

Et pourquoi je l'avais repoussé si fort en criant « Non, pas vous » ?

Pourquoi sa mère, qu'il était allé voir aussitôt, ricanait tout en ayant un sourire narquois ?

J'ai été obligée de lui jurer que j'avais été tout aussi surprise que lui. Que je n'avais jamais rien fait de déplacé avec Pierre. Non , rien.

Et je veux le jurer encore à vous, Ma Révérende Mère.
Non rien, absolument rien.

 

La suite n'a été qu'un gigantesque cauchemar.

 

Il a fallu sans arrêt s'adapter à cette histoire qu'ils avaient imaginé, lui et Kerné et à ce qui se déroulait chaque jour. Raconter à Jenny, la sœur de Quéméneur, et puis aux journalistes et puis à la police , et encore aux journalistes et encore à la police.

 

Tout s'est effondré quand ils ont convoqué Guillaume à Paris. Poussé par Pouliquen, le beau-frère de Quéméneur, la police s'est mise à porter leurs soupçons sur Guillaume. Et Guillaume s'embrouillait de plus en plus dans ses mensonges

Seule, absolument seule, je devais me débattre pour que mes paroles collent au mieux à ce qu'avait pu dire Guillaume : à propos des dollars, à propos d'une machine à écrire qu'on avait trouvé , à propos de tout, à propos de rien.

Guillaume m'avait fait promettre de ne rien avouer en me disant que la police, puisqu'il était innocent, finirait bien par le libérer.

Mais rien n'allait comme ça.

On l'avait si vite mis en prison.

 

Voilà, Ma très révérende mère.

Je vous ai avoué que Quéméneur est mort parce que je l'avais poussé, que Guillaume avait brûlé son corps et qu'on avait fait des faux papiers pour essayer que notre argent ne soit pas perdu.

J'ai voulu le dire à la Police. Tout d'abord, j'ai écrit à un ancien policier, un ami de Guillaume, Ségur. J'avais imité la signature de Guillaume et ça n'a rien donné. Et puis, plus tard, dans un moment d'épuisement j'ai parlé à Vidal, le commissaire qui faisait l'enquête, mais il m'a prise pour une folle.

 

Guillaume, lui, il a été très tourmenté par des soupçons qu'il s'est mis à nourrir contre moi, une idée que j'aurai pu le tromper avec Pierre. Sa mère avait sa part de responsabilité dans cette histoire. Il m' a même écrit une lettre affreuse dans sa prison. Cette obsession s'est transformée en une autre, un amour de plus en plus fou pour moi . Et moi, dans son silence pour me protéger, je trouvais une admiration et un amour de plus en plus fort.

 

Je ne sais pas comment, mais , dans ma tête, je le défendrai jusqu’à  la mort.

Que Dieu me soutienne et que Dieu me protège comme il soutient et protège Guillaume.

 

Ma très Révérende Mère,

Je vous ai dit la vérité et vous supplie de me croire,

Je vous demande votre protection pour ma fille et pour moi.

 

Priez Dieu pour nous.

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 16:59

J'ai voulu garder pour Gautier une page entière. Ce brave Gautier, il a , comment dire, tout mon respect.

 

La Vedette 1890
1933

 

 

 

Le Journal 24.04.1913

 

Paris soir 1939

 

Le Journal 1939

 

La Lanterne 1920

 

Ouest Eclair 1921

 

Le Petit Parisien 1928

 

Vacquié (à gauche) ressemble-t-il à Douche (à droite) ?

 

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 15:40

J'ai essayé de garder les meilleurs coupures de presse qui nous racontent les "coups" de Vacquié et de les mettre dans une chronologie pas trop bancale.

Le XIX siècle 8.7.1904

 

 

Le Petit Niçois du 12.05.1910

 

 

Le Journal 8.12.1911

 

Gil Blas 14.11.1913

 

Le Cherbourg Éclair 1.05.1924

 

Le Rappel 16.04.1924

 

L 'homme libre 1924

 

Le Petit Parisien 17.04.1924

 

 

Ouest Eclair 1927

 

La Croix 12.3.1927

 

 

 

 

 

 

Le Journal 01.01.1929

 

 

 

Ouest Éclair 1929

 

Express du Midi 24.11.1931
Julian Galery (collection privée)

 

La Société Générale, en face de la Poste du Bd Malsherbe

 

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 09:50

J'ai assez donné de leçons de crédibilité, les enfants .

Alors....

Je vous mets donc quelques trucs, glanés dans les journaux, qui sont en rapport avec mes deux chapitres de Vacquié.

C'est du neuf, du pas neuf. En tout cas , c'est de l' instructif.

 

Ouest Éclair 28.11.1921

 

 

Le courrier du Finistère

 

 

Le Figaro 1922

 

Le Journal 15.10.1922

 

 

Le Matin 1922

 

Le Matin 1922
Le Matin 1923
Le Matin 1924

 

Ça, c'est quelques annonces. Dans le prochain billet, je vous mettrai les coupures de presse.

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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 18:05

Le jeudi d'avant, il doit retrouver Besseyre à Rennes qui doit lui donner les dernières conditions. Rendez-vous manqué.

Alors, il nous téléphonne à Paris. Il explique qu'il a bien les 100.000 Francs dont un gros chèque qui l'attendra à la poste restante, boulevard Malsherbes .

Bon , bon. Tiens, au fait , le chèque, plutôt sur la Société Générale. Vous pourrez le changer contre du liquide tout de suite : en effet, juste en face de la poste, il y a la succursale de la SG, c'est plus simple.

Et il y a des dollars, 2000 dollars en or,

Bon, bon,

Et puis il y a 10.000 F en billet

Bon, bon. Et bien à Samedi ? D'accord ?

 

Le samedi, le pépère, il arrive à l’heure dite, un peu essoufflé , sa petite valise à la main. Sans doute l 'émotion de faire enfin partie de la célèbre Banque Privée Coloniale ?

 

On compte les dollars. 2020, qu'il y en a. Et les liquidités, 10.000 Francs, en bon billets, tout neufs, tout craquants.

Le reste, les 60.000, Il a pas encore eu le temps d'aller à la poste récupérer le chèque, mais il y va tout de suite, le temps d'un aller et retour,

 

Trois quart d’heure après, il téléphone .Le chèque n'est pas encore arrivé.

Nous, bons princes,(tu parles, avec ce qu'on a déjà palpé, ça ferait quand même vilain de se montrer tatillon) on lui dit de pas s'en faire.. On lui affirme qu'on va attendre. On lui redit encore une deuxième fois, quand, en fin de matinée, il rappelle pour annoncer que le chèque n'est toujours pas là.

 

Bon, bon . Lundi ou mardi, ça ira. On vous garde la place. Celle du Havre, et sans doute Cherbourg, qu'on y adjoindra. Tenez, passez donc prendre votre reçu.

Un reçu, signé par Gauthier, qu'on a intitulé pour l'occasion fondé de pouvoir. Gauthier, un vieille connaissance à moi, un pote, toujours prêt à rendre service et que j'ai connu avec les félibres, lui aussi. Comme bien d'autres. Mon côté « littéraire ».

 

Mais revenons à Quéméneur.

 

Le lundi, pas de nouvelles.

Le mardi, non plus

La semaine passe et toujours rien.

 

Par Besseyre, finalement, qui a toujours ses oreilles à Landerneau, on apprend que le pépère , il a disparu de la circulation, et même que c'est la police qui le cherche.

 

Du coup, on s'attend à les voir débarquer à la maison , les flics.

 

Mais non, on se rend compte qu'on échappe à leur vigilence.

 

Mais par quel mystère ? !!

 

Et bien, dans les journaux, on finit par savoir qu'un type de Morlaix l'aurait accompagné à Paris et qu'il l'aurait estourbi. Mais quand ? Juste avant Paris ? Mais nous, on l'a bien vu, à Paris le samedi !

Ah la la, dans quelle histoire on se trouve !!

 

Et puis voilà Gauthier qui comprend qu' il l'a rencontré, le zigoto de Morlaix, dans les premiers jours de juin. Il est venu le consulter , pour un truc à coucher dehors .

 

Décidément, ça sent le brûlé ! Mais rien ne brûle...

 

En tout cas, moi je comprend qu'il a très bien respecté la consigne de discrétion qu'on lui avait donnée, au conseiller général de Sizun. Personne ne sait rien.

 

Et puis moi, je m'en fiche du Seznec.

Ah ? Les dollars, c'était les siens ? 4040 ? il exagère , ou quoi ?

Et bien, tant pis, il est pas près de les revoir.

 

On fait silence. Silence complet.

 

Et on a continué notre petit bonhomme de chemin.

 

Mais finalement, on s'est fait avoir. Des imprudents. Qui ont trop tiré sur la ficelle. J'ai eu beau gueulé qu'on était une banque honnête et tout le coulchi … Ce coup là, ça a pas marché et toute ma combine, elle s'est effondrée.

Mais je passe, tout ça c'est pas du glorieux. De la magouille, il y en avait partout. Moi, j'ai tenu peut-être plus longtemps que d'autres. Mais tous ne se sont pas fait prendre. Oh non. Gauthier, par exemple. Il avait même un fille, médecin à la Préfecture de Police. Je l'ai appris plus tard. Même qu'elle a fini spécialisée dans les traitements miracle de grosses dondons qui voulaient maigrir du cul. L'un des premiers potes à Gauthier, le Peyssel, il avait vendu sa Panhard à Quéméneur. Enfin, c'est ce qui se disait à la Santé. Ah, les magouilles foireuses avec les potes à Gauthier ! Surtout le Douche. On avait la même tête, parait-il. Et l'Adrien Dumont, un numéro celui-là.

 

Moi, j'ai recommencé aussitôt dans le Nord. Et puis à Lisbonne, avec un poète-paysan, un félibre aussi. Un naïf. A qui j'ai bouffé toutes les économies de la famille

Et puis, on m'a encore collé à l'ombre. Mais d'une autre façon. Le turbin d'indic, à c't'époque, c'était pas du joli-joli. Aussi, je passe sous silence...

 

Quand l' histoire Quéméneur est devenue l'affaire Seznec , je n'y ai rien compris.

C'est quand donc qu'il l'aurait tué. Puisque nous, on l'a vu le samedi matin. Il l'aurait plutôt pas tué ? Comme il l'a toujours prétendu ?

Le Quéméneur, il se serait évanoui ?

Vers les Amériques ?

 

Quand on nous a interrogé, juste avant le procès à Seznec, c'est pas moi qui ai répondu. Mais Descrimon, mon secrétaire, un félibre, lui aussi. Il a dit exactement ce qu'on s'était tous mis d'accord pour dire , dès août 1923,. Si des fois que la police viendrait nous demander des explications. « oui, oui, Quéméneur, il a pris contact avec nous, mais finalement, on ne l'a jamais vu » Et comme la police, elle ne semblait pas bien au courant...elle a laissé tombé.

Seznec, il avait bien entendu parler d'un rendez-vous le samedi matin, avenue du Maine. Et je n'ai jamais compris pourquoi les flics, ils ont jamais cherché par là...

Ils ont trop vite cru qu'il avait été estourbi la veille. C'était idiot puisqu'il y en avait d'autres qui l'avaient vu après.

 

Les flics, à cette époque, c'était un peu borné. C'était pas des malins; la preuve, on était une telle quantité à leur défiler sous les nez, sans qu'ils fassent quoique ce soit.

 

Non je vous le répète. Je n'ai jamais rien compris à cette histoire.

 

Mais au gars du café, celui qui m'a demandé si j'aurais pas connu le Quéméneur, je lui ai rien dit de tout ça. C'est qui ce type pour me poser la question ?

Ça le regarde pas.

 

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 18:56

Voilà mes enfants

Hier, j'étais à la plage de l' Ecluse, à Dinard.

J'ai enfilé mon maillot. Et je ne sais pas ce qu'il m'a pris : je l'ai trouvé peu élégant.

Alors, je l'ai abandonné sur le sable et m'en suis retourné, pêcher la sardine du côté de Messine , ou même pêcher le hareng en gare de Houdan.

Allez, on dépasse tout cela.

 Et je vous donne le premier chapitre de la version à Vacquié.

 

Hier soir, je ne sais pas comment cela est venu, mais au café, il y avait un mec plutôt rigolo qui m'a demandé si j'aurais pas une idée de qui serait arrivé à un type qui s'appelait Quéméneur .

 

Ouai, le Quéméneur, qui était conseiller général de Sizun, en Bretagne, celui qui avait disparu , après avoir fait un tour à Paris, avec le fameux Seznec ? Vous savez, le Seznec que sa femme, elle n'arrête pas de crier sur les toits qu'il est innocent, même qu'ils accumuleraient des tas de preuves comme quoi qu'on aurait menti au jury qui l'a envoyé au bagne.

 

Ce type qui m'a posé la question, c'est curieux, il ressemble à Hervé, le juge à la retraite qui aide Madame Seznec. A la Santé, y en avait qui disaient que le Hervé, c'était un sacré bonhomme quand il officiait dans les services du contre espionnage . C'était pas un tendre. Mais c'est des on-dit, et on dit tellement de chose...

C'est curieux, quand même, sans la moustache...

Et d’où c'est qu'il avait trouvé ça le rigolo ?

J'aurai connu Quéméneur ?

 

Ben oui, je l'ai connu.

 

Mais pas bien longtemps.

 

Faut que je vous explique tout.

 

De moi, les journaux, ils ont toujours parlé. J'ai toujours été un peu comme une vedette, discrète, c'est vrai mais vedette quand même parce que j'ai été vachement présent dans les baveux à une certaine époque.

 

Tiens, ma première apparition, j'étais encore comme un gamin. Mon père, un vieux croûton de notaire, il était le maire d'un coin de campagne, Saint-Maurin, pas loin d'Agen. Un village bricolé dans les ruines d'une ancienne abbaye. La Révolution l'avait transformé en carrière de pierres pour sans-culottes acharnés contre la curetaille. La mairie, elle siégeait dans une tour qui sentait son Moyen-Age.

On était deux frères qu'on avait poussé à des études de droit. Mon aîné avait fait l'avocat puis le magistrat et moi, le notaire.

 

Si la raison du premier article de presse n'avait été qu'un accident de carriole, pour le second, c'était pas la même chose : du moins léger. A Nice, j'avais utilisé la naïveté d'un jeunot en lui,faisant signer des traites à n'en-plus-finir et bien sûr, ça avait tourné vinaigre. Et le naïf avait porté plainte. La police m'avait coffré et ça n'avait pas plu à ma femme (mais ,je ne sais plus bien : l'avais-je même épousée ? ) qui découvrit dans la foulée que je la trompais. C'est curieux, elle m'avait cru honnête.

 

Quelques escroqueries plus tard, je m'étais installé très modestement à Levallois-Perret.

Sans grands moyens, une amie sur les bras, ou dans les bras, et quelques magouilles de base à mon passif.

Là encore , des plaintes.

Là encore la police,

Là encore, le tribunal.

Mais je m'en sors

On s'en sort, mon frère et moi.

Mais surtout, ça permet d'apprendre auprès des copains de prison.

 

Avec ma formation de notaire, j'ai vite compris qu'il y avait mieux à faire.

Des bases, finalement, j'en avais des solides pour monter des affaires.

 

Et puis des gogos, à cet époque, il y en avait tellement. Des troupeaux, bêlant à qui-mieux-mieux, prêts à jouer le rôle des pigeons au grand théâtre de l'arnaque. Pensez donc, vous leur agitiez sous le nez des paquets de titre, tout frais sortis de l'imprimerie, avec du n'importe quoi gravé dessus, et ils bavaient pour vous les acheter, vous implorant d'accepter leurs vrais, leurs authentiques Bons du Trésor, leurs Rentes d’État contre votre pacotille de Carnaval.

 

Tient ! C'est à cette époque que je me rend compte qu'il y a pléthore de création de banques, des régionales, des locales, des commerciales, des surtout qui riment avec nationales et qu'elles sont bien pourvues en conseils d'administration ,suprême hochet pour tout les nouveaux riches.

 

Alors, pourquoi pas moi ? J'ai réadapté quelques idées autour d'un vague comptoir marocain qui m'avait déjà servi. Et j'ai créé la BPC. Une sacrée chouette banque.

Les clients ? Surtout des provinciaux, bien naïfs.

Avec un siège à Paris, avenue du Maine. Ça fait plutôt classe, Paris.

 

Finalement, ça a assez bien marché. J'ai recruté des jeunes qui étaient prêts à se lancer dans le douteux.

Et puis des gros pleins de fric, des qui sont enclins à placer leurs économies dans ce que la justice appelle, après, l'abus de confiance.

 

On confie des postes à haute responsabilité contre une mise de fond, en rapport avec ce que le type veut bien y mettre.

 

Et pour donner mine à tout cet ensemble, j'ai placé mon frère, toujours dans les nuages, à la tête du Conseil d'administration. Ça fait assez bien dans les papiers officiels, un ancien magistrat, un ancien maire, un ancien conseiller général. Et j't'en fous des pleines pages dans les journaux de la constitution de ma banque.

 

Les annonces, qu'est ce qu'on en a fait passer. En tout genre : « Recherche gogo avec 100.000 F. On lui filera un chouette turbin dans la banque. » Ça, c'est la plus belle. Mais il y a aussi : « A vendre écrémeuses, par cent. Tombées du camion ». Faut bien assurer les fins de mois quand même...

 

Un jour, il y a mon directeur commercial le petit Besseyre des Horts, un malin qui avait créé une banque un peu bidon, à Landerneau, qui m'annonce que le conseiller général de Sizun a mordu à l' hameçon et qu'il serait intéressé par la direction d'une succursale , celle du Havre, ou de Cherbourg. Des  trucs qu'on vient d'inventer.

 

Ah, le con ! C'est qu'il aurait de l'argent ? Que je demande à Besseyre. Il me répond que ce qu'on dit, c'est qu'il a fait fortune pendant la guerre en vendant des poteaux de mine à l'armée et qu'il continuerait à faire ce commerce avec les anglais mais que les affaires sont dures. Et puis ce n'est plus l'enthousiasme d'avant. Mais il y a au fond de tout cela comme de belles promesses et de belles espérances.

 

Besseyre, il finit par apprendre qu'en fait, il y a du réalisable : un très gros prêt à un notaire, une grosse exploitation de bois, près de Paimpol . Mais c'est du figé, pas du liquide. On pousse un peu et on entend parler d'un associé qui pourrait placer ses petites économies, des dollars en or, parait-il...

 

Alors, on pousse encore plus et on lui dit qu'il faut faire vite et, parce qu'il n'est pas seul sur ce coup, qu'il faut être très discret.

 

Bref, on lui fixe des délais et même qu'on prend rendez-vous pour un samedi matin, en mai, avenue du Maine.

 

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 16:31

Je vous l'ai dit , les enfants

 

Le motif. C'est là l'essentiel.

Pas le motif qui fit qu'on ait plus ou moins assassiné le Quéméneur.

Mais le motif qui l'a fait agir pour monter cette idée d'aller à Paris.

 

Car ils y sont bien allés sur la route de Paris

Du monde les y a vu

Comme du monde a su qu'ils devaient y aller à Paris

De la famille , des copains, des gens

Et qui l'ont dit

 

Et à cette date

Et pas à une autre ….

 

Ah oui, le motif.

 

Le Quéméneur, il s'est sacrément pris un coup dans l'aile avec la faillite de De Jaegher. Le liquide commence à manquer.

Et sa banque,elle lui fait pas trop les yeux doux mais plutôt les ronds : c'est qu'il faudrait renflouer le compte, mon bon monsieur.

Et le bois ? C'est qu'il y en a plus beaucoup dans les réserves de coupe.

 

C'est qu'il va falloir asseoir ses fesses dans un autre fauteuil,

Du plus juteux, mais surtout du plus durable, du plus solide

 

Déjà qu'on a un fauteuil de conseiller général, c'est quand même un bout de bon plan , ça.

 

Et tiens, il y a justement la BPC qui cherche un responsable.

 

J'ai longtemps hésité : comment faire style pour que vous m'écoutiez sans bailler et que vous alliez jusqu'au bout de mon histoire .

 

Et puis, j'ai eu cette idée que je mette chacun à sa place et de lui faire raconter ce qu'il a vu , ce qu'il a fait et ce qu'il a cru et ce qu'il a pensé.

 

J'avais déjà utilisé le truc, avec Marie Jeanne, rappelez-vous, dans deux versions, qu'elle nous disait comment , que d'un geste pas bien prévoyant,elle avait envoyé le Pierre dans le monde des disparus.

Je crois que ça avait plu.

 

Mais surtout, moi, ça va m'arranger. Parce que vous faire la note en bas de page vous renvoyant sans arrêt à ma source. Ben ça, c'est pas du tout mon genre.

 

Alors, sachez bien qu'en gros,à tout ce que je dirai , il y a la source. En gros, parce qu'il y aura des moments de licence littéraire, bien évidemment. Allez donc faire sans licence littéraire...Inventer dans le vraisemblable. Vous vous rendrez compte par vous même, vous connaissez suffisamment l'histoire.

 

Après tous les machins sérieux qu'on a eu , il faut bien un peu d'humour et de l'ironie.

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  • : Affaire de cadillac
  • : Histoire d'y voire un peu plus claire dans la disparition de Pierre Quemeneur et dans la condamnation de Guillaume Seznec
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